Kanji vs Hanzi : un Chinois lit-il le japonais ?

Kanji et Hanzi. Japonais et chinois. Mêmes personnages, deux langues complètement différentes. Mais à quel point sont-ils vraiment similaires ? Un Chinois peut-il prendre un journal japonais et le comprendre ? Un Japonais peut-il lire un menu chinois ? La réponse est bien plus compliquée (et intéressante) qu’un simple oui ou non.

L'histoire : comment les kanji sont arrivés au Japon

Les caractères chinois (hanzi) sont arrivés au Japon vers le Ve-VIe siècle via la Corée et les contacts commerciaux directs avec la Chine. Les Japonais les ont adoptés pour écrire leur propre langue, mais avec un problème : le japonais est structurellement très différent du chinois. Ils ont donc fait quelque chose d'ingénieux et de fou à la fois : ils ont pris des caractères chinois et les ont adaptés, donnant à beaucoup d'entre eux deux types de lecture : la lecture chinoise originale (on'yomi) et une lecture japonaise native (kun'yomi). Et c’est de là que vient la fameuse complexité des kanji.

Les 5 différences fondamentales

1. La forme des personnages

Au XXe siècle, le Japon et la Chine ont simplifié certains caractères, mais de manière différente et indépendante. Résultat : Il existe aujourd'hui trois versions de nombreux personnages.

SignificationTraditionnel (TW/HK)japonaisSimplifié (CN)
Village
Étude
Esprit
Carte
Art
Corps
Vent
Dragon

Comme tu peux le constater, parfois le japonais et le chinois simplifié coïncident (国, 学), d'autres fois non (気 contre 气, 図 contre 图). Le japonais a simplifié moins de caractères que la Chine, il se situe donc dans une position intermédiaire entre le chinois traditionnel et le chinois simplifié.

2. Les lectures : le plus grand écart

C'est la différence qui rend tout compliqué. En chinois, chaque caractère a généralement UNE prononciation (pinyin). En japonais, un même caractère peut avoir 2, 3 voire 10+ lectures différentes selon le contexte.

Exemple extrême : le kanji 生 (vie/naissance) a au moins 10 lectures en japonais : セイ, ショウ, い(きる), う(まれる), は(える), なま, き, お(う) et autres. En chinois ? Sheng seulement. Un Chinois qui étudie le japonais apprend très rapidement le sens, mais les lectures sont un tout nouveau cauchemar.

3. Différentes significations (faux amis dangereux)

De nombreux caractères ont la même signification dans les deux langues. Mais certains ont des significations complètement différentes et peuvent créer des situations embarrassantes.

MotEn japonaisEn chinoisNiveau de gêne
手紙 (casseroles)Lettre (correspondance)Papier toiletteHaut
勉強 (benkyō)ÉtudeForcer/obligerMoyen
大丈夫 (daijoubu)D'accord pas de problèmeBraveBasse
娘 (musume)FilleMère/mèreHaut
汽車 (kisha)FormerVoitureMoyen
新聞 (shinbun)JournalActualités (générique)Basse
経理 (keiri)ComptabilitéGérant/directeurMoyen

Imagine un Chinois au Japon qui voit un panneau avec 手紙 et pense au papier toilette plutôt qu'à la boîte aux lettres. Ces différences sont réelles et peuvent donner lieu à des malentendus amusants (voire très embarrassants).

4. Kanji exclusif au Japon (Kokuji)

Les Japonais n’ont pas seulement importé des caractères de Chine. Ils en inventèrent également de nouveaux, appelés kokuji (国字, littéralement caractères nationaux). Ces kanji n’existent pas en chinois et un Chinois ne les a jamais vus de sa vie.

  • 峠 (touge) - col de montagne : 山 + 上 + 下 = monter et descendre une montagne
  • 辻 (tsuji) - carrefour : caractère purement japonais
  • 働 (hataraku) - travailler : 人 + 動 = personne qui bouge = travailler
  • 込 (komu) - entrer bondé/verser : très utilisé dans les composés verbaux
  • 畑 (hatake) - champ cultivé (pas de riz) : 火 + 田 = champ brûlé pour fertiliser

5. La grammaire change tout

Même si tu pouviez lire tous les kanji d’une phrase japonaise, tu ne comprendriez pas la phrase sans connaître la grammaire. Le japonais utilise l'hiragana pour les particules (は, が, を, に), les conjugaisons de verbes et d'adjectifs et les structures grammaticales qui n'existent pas en chinois. Une phrase comme 食べられなかった (Je ne pouvais pas manger) ne contient qu'un seul kanji (食) et tout le reste et la grammaire en hiragana.

Alors, un Chinois peut-il lire le japonais ?

La réponse honnête, en pourcentages :

  • Comprendre le sens général d'un signe ou d'un titre : oui, environ 50 à 70 % du sens
  • Lire un article de journal : peut-être 30 à 40 %, avec de nombreuses lacunes grammaticales
  • Suivre une conversation écrite : non, la grammaire est complètement différente
  • Comprendre un roman : absolument pas sans étudier le japonais
  • Avantage pour étudier le japonais : énorme pour les significations, mais les lectures doivent être apprises à partir de zéro

En résumé : connaître le chinois est un énorme avantage pour mémoriser la signification des kanji, mais ce n’est pas un raccourci vers le japonais. Les lectures, la grammaire et de nombreuses significations spécifiques doivent être apprises à partir de zéro.

Et un Japonais peut-il lire le chinois ?

Étonnamment, un Japonais réussit un peu mieux avec le chinois écrit, notamment avec le chinois traditionnel (utilisé à Taiwan et à Hong Kong). Les kanji japonais sont plus proches des caractères traditionnels. Mais même ici, sans étudier le chinois, la compréhension s’arrête aux concepts généraux. La grammaire chinoise (ordre SVO, tons, classificateurs) est complètement différente.

Dois-je d’abord apprendre le Kanji ou le Hanzi ?

Si tu souhaites étudier les deux langues, voici quelques conseils pratiques : choisissez celle qui tu intéresse le plus et partez de là. Les caractères de base que tu apprends dans une langue tu donneront un avantage dans l’autre, notamment en termes de signification. Mais ne tu trompez pas en pensant qu’étudier l’un est la même chose qu’étudier l’autre : ce sont deux chemins distincts avec une base commune.

Si tu tu concentrez sur le japonais, Kanjidon tu apprend les kanji avec les lectures japonaises correctes (on'yomi et kun'yomi), des exemples contextuels et des mnémoniques qui tu aident à distinguer les significations japonaises des significations chinoises. Grâce aux quiz adaptatifs, tu peux rapidement savoir si tu confondez un faux ami. Il est préférable de le découvrir dans l'application plutôt que dans un restaurant au Japon.

Quelle que soit la langue que tu choisis, la première étape est la même : apprendre les caractères de base. Les 100 à 200 premiers sont largement partagés entre les deux langues. Commence dès aujourd’hui et tu aurez une longueur d’avance dans les deux sens.

Commencez a apprendre les kanji

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